Alzheimer : et si on se trompait de combat ?
Depuis des années, Aimant Aidant vous écoute.

Quand la maladie d’Alzheimer entre dans une famille, il y a souvent un réflexe : faire barrage à l’oubli.
On répète.
On corrige.
On rappelle.
On montre des photos.
On demande : « Tu te souviens ? »
Comme si, à force d’exercices, de rappels et de bonne volonté, on pouvait retenir ce qui est en train de disparaître.
Mais il existe une autre manière d’accompagner quelqu’un. Ne pas passer son temps à récupérer ce qui s’en va. Et commencer à regarder tout ce qui reste.
« Tu te souviens de moi ? »
C’est probablement l’une des questions les plus douloureuses que l’on puisse poser à un proche atteint d’Alzheimer. Parce qu’un jour, la réponse peut être non.
Et pourtant, cela ne signifie pas que le lien a disparu.
Une personne peut ne plus retrouver votre prénom et reconnaître votre voix.
Ne plus savoir quelle est la date et se sentir immédiatement rassurée en vous voyant.
Ne plus raconter le souvenir d’un mariage, mais sourire en entendant la chanson qui y était jouée.
La mémoire n’est pas le seul endroit où vivent nos relations.
Il reste les émotions
La maladie peut altérer la mémoire, le langage et les repères. Mais les émotions et certaines habitudes peuvent rester présentes.
C’est pour cela qu’une chanson familière peut provoquer un sourire.
Qu’un parfum peut apaiser.
Qu’un geste répété depuis trente ans peut encore être rassurant.
Alors, plutôt que de chercher systématiquement à faire retrouver un souvenir, on peut parfois simplement créer un moment agréable.
Mettre sa musique préférée.
Regarder ensemble les photos sans demander qui est qui.
Préparer son gâteau favori.
Marcher dans un endroit connu.
Tenir sa main.
Et surtout : ne pas transformer chaque conversation en interrogation.
Ne pas corriger à tout prix
« Mais non, maman, papa est mort depuis dix ans. »
« On est mardi, pas dimanche. »
« Je te l’ai déjà dit. »
Ces phrases viennent rarement d’une mauvaise intention. Elles viennent de la fatigue, de l’inquiétude, parfois même du besoin de remettre un peu d’ordre dans une situation devenue incompréhensible.
Mais il n’est pas toujours nécessaire de gagner la bataille des faits.
Si votre proche raconte une histoire qui ne correspond plus exactement à la réalité, essayez parfois de chercher ce qu’il y a derrière ses mots.
De quoi parle-t-il vraiment ?
D’une personne qui lui manque ?
D’une peur ?
D’un besoin de sécurité ?
D’une envie de retrouver une époque où il se sentait bien ?
La question n’est plus seulement : « Est-ce vrai ? »
Mais aussi : « Qu’est-ce que cette personne ressent en me disant cela ? »
Alors, qu’est-ce qu’on peut faire ?
Changer légèrement son regard.
Au lieu de demander : « Tu te souviens de notre voyage en Bretagne ? »
dire : « Regarde cette photo, j’aimais tellement cette journée. »
Au lieu de : « Tu sais qui c’est ? » dire : « C’est Louise, elle était tellement petite sur cette photo ! »
Au lieu de : « Mais je viens de te le dire ! » prendre une respiration et recommencer.
Ce sont de petites choses. Mais pour celui qui accompagne, elles peuvent changer beaucoup. Parce qu’elles permettent de sortir d’une logique de test permanent. Et de retrouver quelque chose de beaucoup plus précieux : être ensemble.
Alzheimer ne vole pas tout.
La maladie peut faire disparaître des souvenirs. Elle peut bouleverser les habitudes, les rôles et les équilibres d’une famille. Mais elle ne résume jamais une personne.
Il reste des goûts.
Des gestes.
Des émotions.
Des préférences.
Des liens.
Des histoires que les proches peuvent continuer à porter.
Et parfois, même lorsque les mots et les souvenirs deviennent fragiles, une chose reste étonnamment solide : le besoin d’aimer et d’être aimé.
C’est peut-être cela aussi, accompagner quelqu’un atteint d’Alzheimer : ne pas seulement essayer de retenir la personne qui s’éloigne, mais apprendre à rencontrer celle qui est encore là.
